jeudi 15 avril 2010

Comment faire pour aller à Cannes ?

Tu te demandes comment tu pourrais toi aussi aller à Cannes, connaître la gloire, les paillettes, les soirées, le tapis rouge ? Hé bien, c'est simple, il te suffit de prendre ton téléphone portable et de refilmer chaque scène de cette bande-annonce. Il te restera à l'envoyer à l'organisation Cannoise et peut-être que l'an prochain, toi aussi, tu connaîtras Cannes ;

Ah, les méandres théoriques d'un cinéma révolutionnaire has-been people. Combien d'étudiants en cinéma ont envoyé des films similaires au festival ?

Oui mais Bob, tu l'a pas vu, t'es salaud (oui)

Si tes yeux n'ont pas encore brûlé, tu pourras matter d'autres bande-annonces du film qui dévoile grosso-modo la totalité de cette oeuvre Godardienne.

Les Clefs de Bagnole (2003)

# Pendant que les cinéphiles s'extasient sur la sélection Cannoise 2010 (les mêmes qui ignorent royalement 90% des autres festivals internationaux, plus intéressants mais moins glam'), penchons nous sur un ovni français.

# Les Clefs de Bagnole est une grosse merde, qui à la différence de la plupart des productions françaises d'hier comme aujourd'hui, parvient bien à ne rien raconter du tout. En guise d'intro, une pléthore de producteurs & vedettes acceptent d'envoyer chier le Baffie réalisateur raté qui a préférer un titre direct plutôt que d'oeuvrer de se cacher derrière une poésie pompeuse mentant sur le produit final.

# C'est donc l'une des différences entre l'histoire un mec qui cherche ses clefs de bagnole et l'épique histoire d'un couple de parisiens faisant face à l'amertume d'une société profondément injuste.

# Réalisateur raté, vraiment ? Baffie passe 1h30 à s'amuser avec le cinéma, son cahier des charges, ses absurdités... D'un figurant trop souvent présent à l'écran, au doublage sonore miteux, en passant par les caméos ridicules ou encore des jeux de raccords jusqu'à l'absurdité de la fiction dans la fiction, Baffie enchaîne ses idées non-stop.

# En clair, il donne une gigantesque leçon de cinéma et des possibilités infinies qu'il existe pour raconter une histoire. Dommage qu'il laisse son histoire au stade de simple prétexte servant ces amusements. C'est peut-être la face cynique du bonhomme qui ressort lorsqu'il clame faire une merde, ou qu'il casse certaines de ses idées en expliquant/insistant que c'est pourri.

La Bob Note : Allez-y, c'est tichoux/10

mardi 13 avril 2010

"le public ne suivra pas si c'est français"

Le cinéma français vu par le réalisateur de Gainsbourg, vie héroïque (via son blog) :
C'est marrant, malgré la presse incroyable qu'a eu le film sur Gainsbourg, j'ai été très étonné du quasi silence des revues de cinéma fantastique. Ca leur a sans doute échappé mais mon film contient autant de plans avec de l'animatronique que le Labyrinthe de Pan. Je tiens beaucoup à ça, au label "film de monstres". Fait avec des marionnettes, des mécanismes, du mime.

Je sais pas quand, je sais pas comment, mais Autochenille a méchamment envie de se mettre aussi sur le créneau films avec monstres. Entre DDT, Chris Clarke ou l'atelier 69 on a en Europe des gens capables de nous fabriquer un tas de monstres qui pourraient rendre jaloux le Hobbit. L'argent il y en a aussi. Ce qui manque, c'est la preuve que ce type de cinéma peut se fabriquer en France. Pour moi, c'est une certitude. Ca passe par un label. Ca passe sans doute à la fois par des tout petits films et aussi par des choses énormes.

Je crois qu'on peut faire des films de chez Troma en France. Je crois qu'on peut aussi faire du Dark Crystal. Je crois enfin qu'on peut faire du Lord Of The Rings si ça nous prend. Je veux dire que les talents sont là, à chaque poste. Ces projets là restent souvent stationnés en rase campagne parce qu'on se dit que le public ne suivra pas...sous entendu "le public ne suivra pas si c'est français". Je ne sais pas si c'est vrai. Je sais juste que c'est des choses que j'irais voir avec enthousiasme, comme spectateur.
Une question; est-ce que la presse spécialisée a encore une influence par ici ?

dimanche 11 avril 2010

Les Snipers de Hong Kong ont le Canon Dur

Dernière bombe asiatique atterrissant glorieusement sur notre territoire, avec des affiches ayant troner fièrement dans les gares & abris de bus lors d'une phénoménale semaine, et sans doute quelques spots tv/radios parlant directement à notre jeunesse désabusée.

Tout ça pour, Snipers. J'insiste sur la différence entre l'effort promotionnel et la réalité d'un produit dont on (réalisateur/critique) préfère dire qu'il rend hommage aux séries b burnées des années 80. Car l'hommage, c'est tout de suite plus classe.

Derrière la caméra, Dante Lam, qui enchaîne furieusement les films depuis quelques années. En particulier des polars urbains, Beast Stalker par exemple, ou Fire of Conscience. Ce véritable stakhanoviste s'est imposé comme l'un des derniers espoirs d'Hong Kong, des films violents & brutaux sur fond de conflits moraux. Mais souvent filmés par un excité en manque.

Snipers, c'est un peu le Top Cops de Dante Lam. Un ton ultra-sérieux en décalage avec une esthétique ringarde (des torses musclés transpirant), jouant sur des sous-entendus sexuels (espèce de sale esprit pervers d'occidental), pour une histoire de corruption/trahison déjà-vue (le côté hommage non-repensé) accouchant de scènes de shoots illisibles (genre gros plans, caméra tremblotante)...

Dans le genre divertissement efficace et intéressant, Snipers c'est le degré zéro, la loose incarnée, surtout quand à côté il y a des films HK comme Ip Man ou les réalisations de Benny Chan qui sont toujours pas distribuées en France. Sans pour autant être plus finaud que ce produit faussement testostéroné pour machos prépubers.

La Bob Note : J'ai plus 12 ans/10

samedi 10 avril 2010

Les Top Cops de Kevin Smith

Un revival du buddy movie des années 80/90 par Kevin Smith, réalisateur de Clerks 2. Tout comme Zack & Miri, le bonhomme est en petite forme... Alors que son twitter propose régulièrement des trucs intéressants (qu'il tape un scandale ou sorte des blagues à la con), ce Top Cops (Cop Out) est une petite daube bien molle menée par un Bruce Willis à l'ouest et un Tracy Morgan dans l'excès.

Deux flics pas très attachants qui se font détrôner par les seconds rôles, en particulier Seann William Scott qui sert de troisième roue à ce faux couple de loosers.

Côté blagounettes, ça chie des tonnes de références ciné histoire de te rappeler que Kevin Smith, c'est le roi des geeks et qu'il est comme toi quoi. Malheureusement, c'est très loin de l'esprit Smith, qui aussi bien en tant que dialoguistes/one man show est capable de servir des idées hardcore sans avoir à les surligner (l'anecdote Wild Wild West, Clerks...). Là, c'est Bruce Willis qui dit qu'il a jamais entendu la réplique "Yippikaye motherfucker" - ah.. ah... ah.

Et ça fait encore plus mal quand tu penses à Hot Fuzz. Car Top Cops, c'est une intrigue de merde qui traîne (Willis qui cherche sa carte de baseball fétiche...) sans pour autant raconter quelque chose. Pour déboucher sur du gun fight miteux avec zéro tension, zéro fun... Forcément, les latinos à part servir de méchants, tomber comme des mouches et lâcher quelques répliques trololol, c'est une sorte de macguffin tentant de justifier l'existence du film (ou non).

Sinon, la bande son rassemble du Rakim, du Beastie Boys... toujours sympas d'entendre ce genre de son dans un film actuel. Si seulement le reste du film avait pu suivre. Bienvenue en 1989.

(avec un peu de chance, la VF sera culte)

La Bob Note : Le petit chien saucisse de Kevin Smith - swink/10

vendredi 9 avril 2010

Luc Besson, esprit novateur

C'est le printemps, les idées volent dans tous les sens, et Luc Besson nous revient :


Remercions A. Bordas

lundi 5 avril 2010

L'ère du misérabilisme

Vous savez la différence entre une émission comme Strip Tease et ces émissions-reportages sur les problématiques essentielles du citoyen français ?

La narration.

Les émissions-reportages sombrent dans le cynisme à force de simplifier/réduire/mettre dans des cases les sujets filmés. Madame Machin n'existe pas en tant que Madame mais en tant que personnage animé par un objectif, dont les problématiques et résolutions assurent la structure de l'histoire (avec des émotions toujours très subtilement amenés - voix off, musiques, ralentis...).

C'est une fictionalisation vendue comme du reportage pour de vrai.

(enculés)

dimanche 4 avril 2010

Les fantomes japonais n'existent pas

Studio Brain's Base retenez bien ce nom. Pas seulement qu'il est parfaitement ignoré par nos amis experts du cinéma Japonais, mais parce qu'il s'impose comme l'une des valeurs sûres de l'animation jap.

Ce nom est plus souvent à Baccano ou Durarara, donc j'en profit pour revenir sur une série moins connue, Natsume Yujincho (adapté d'un manga). Qui démontre encore une fois à quel point les Japonais dealent FACILEMENT avec leur propre tradition. Ici, celle des Yokai, ou des esprits.

L'histoire d'un lycée capable de percevoir les Yokai, qui décide de les aider, ignorant par la même occaz la haine des Yokai envers les humains. Au programme, des belles rencontres, des rites étranges, où l'on pointe la solitude des personnages, humains comme esprits.

Plutôt qu'une énième répétition de la peur de la marginalité dans une société nippone matérialiste, ce qui m'interpelle dans cette série c'est son rapport au monde invisible. Comment les esprits sont traités comme des entités aussi réels que les humains, comment ce monde côtoie le notre dans l'indifférence générale.

Une fois les deux mondes connectés, ce qui nous parait totalement anodin prend une nouvelle dimension. À l'exemple des mots. Le héros se trimballe avec un livre contenant les noms de centaines d'esprits, c'est-à-dire qu'ils sont sous ses ordres. Posséder le nom écrit d'un esprit, c'est lui "voler" sa liberté. Et pour rendre cette liberté, il faut ré-insuffler de la vie à ces lettres mortes. Pas étonnant que le héros souffle sur les lettres donc.

On a beau être dans un anime visant un public adolescent (des persos lycéens) avec une pointe kawaii (le chat), ça décrit des trucs méchamment kabbalistiques comme si de rien n'était. Autrement dit, utiliser la fantaisie, l'imaginaire pour questionner les fondements même de ce que l'on considère "réel" dans la vie : est-ce que notre perception, nos sens, nous permettent de connaître véritablement le monde qui nous entoure.

Mais puisqu'on vous assure que l'avenir du Japon c'est les prods indépendantes questionnant les troubles de la sexualité d'une génération d'après crise économique en quête de sens, filmé caméra à l'épaule de travers avec gimmicks kawaiiens pour occidentaux à moitié pervers (vous imaginez pas le nombre de mecs qui mattent de la grosse merde asiatique à cause d'une actrice super mimi qui fait oublier la détresse sexuelle quotidienne chez ces honorables spectateurs).

Putain Bob, ta gueule

samedi 3 avril 2010

Une Affaire d'Etat (2009)

La plus grande surprise, c'est de lancer un polar français qui se révèle être un superbe western urbain. Passant par une affaire de trafic d'armes pour dévoiler une galerie de personnages sous pression, où chacun essaye de s'en sortir: coups bas, embuches, manipulations, devoir d'obéissance... Et surtout en abordant le problème à différents niveaux, d'une fliquette burnée comme c'est pas permis au président en passant par des prostituées.

L'heure de revenir sur quelques points/idées, comme d'hab quoi :

# Commencons en douceur avec ce champs-contre-champs... Le placement des persos + la nuque au 1er plan donnent l'impression d'un vrai face à face alors que les 2 persos sont côte à côte. À savoir qu'on est qu'au début du film, qu'on va assister à une véritable guerre opposant justement ces 2 hommes (guerre, car il y a une stratégie pour chaque mouvement).


# Certains l'ont bien remarqué, Valette exploite l'environnement Parisien pour refléter l'état des personnages. Par exemple sur l'exemple suivant, les bâtiments en arrière plan imposent une dimension/stature importante-étatique aux persos (les mêmes que sur le point précédent). Et c'est naturellement, lorsque la guerre est ouvertement déclaré qu'il y a un soudain changement d'échelle. Un simple mouvement arrière qui donne l'impression d'un rapetissement. Valette nous met la puce à l'oreille en début de dialogue via une remarque sur l'architecture.


# Comment relier directement 2 personnages quasi au même statut (de la petite main), confronté à une situation similaire ? Avec ce genre de plans, même mouvement rapproché, même position, environnement légèrement différent : les lampes aux 2 extrémités (normal, les persos sont pas du même côté), la table (ronde vs carré)... Ça me rappelle une idée similaire vue dans The Killer de John Woo.


Avec les mêmes persos, il y a le 'duel' final dans la voiture avec en fond sonore le thème du Retour de Ringo. Enfin duel, j'exagère peut-être, mais il y a un échange de regards bien furieux façon western qui dit tout sur les pensées des persos. Pour le bonheur des oreilles :



En réécoutant la musique, ça me rappelle que la fliquette et le barbouze ont déjà été "connecté" un peu plus tôt dans le film... grâce à la musique. Lorsqu'on vient de mieux faire connaissance avec elle et ses méthodes très directes - ce qui lui vaudra des remarques de son chef. La musique fait le pont entre cette présentation et le nouveau personnage,. En substance, Valette nous montre 2 desperados. Agissant pourtant à l'opposé, cf le plan de la bagnole qui part enchainé par un mouvement inverse dans l'appart.

Histoire de chicaner, l'opposition n'existe pas seulement via un mouvement (de caméra ou d'objet) puisque nos desperados sont consignés dans un espace différent.

Mais comme l'honorable critique nous l'a dit :
Bien mené mais grossièrement mis en scène et en musique, cet imbroglio de complots, trahisons et meurtres dans les hautes sphères de l'Etat, sur fond de vente d'armes et de prostitution, se révèle plus proche (...) d'un téléfilm sous amphétamines.
C'est clair qu'utiliser une musique et une mise en scène comme éléments narratifs vecteurs d'émotions, c'est grossier. Mais être payer à dire de la grosse merde, ça, c'est noble.

vendredi 2 avril 2010

Scarface pour les enfants

"... visant à illustrer la perversité du sexe et de la violence de notre culture médiatique, et des conséquences chez les enfants". C'est la note d'intention de cette fausse pièce de théâtre de Scarface :




Entre les barres de LOL et les considérations moralisantes, ça reste étonnant qu'à chaque fois qu'on parle du Scarface de De Palma, les commentaires se concentrent sur la violence. Bien sûr, c'est complètement déconnecté du reste du film. Qui dépeint une Amérique bien cynique et grotesque noyant les hommes dans des illusions de grandeurs, de consumérisme... Dans le genre figure pathétique/misérable, Tony Montana assure bien.

Se borner à voir qu'une partie du message (cf, la violence) démontre la perversité d'une culture suffisamment habile pour ne pas avoir à se remettre en question. Faire de Tony Motana un caïd-trop-la-classe alors que c'est une merde humaine.

Comme d'hab, on préfère les raccourcis et l'absence de contexte pour justifier du caca mou.

(par contre la pièce, plus de sang, moins de pop corn, merci)

jeudi 1 avril 2010

Le Point Kubrick 2

En cette belle journée du 1er Avril, alors que les gens pas drôles se reunissent pour essayer d'être drôle sans pour autant duper quelqu'un, il me fallait moi aussi ajouter mon grain de sel ;


Ça vous dit rien ? C'est une clarification d'une image postée sur un forum mais totalement illisible. huhu !

L'année du dragon (1985)

Si le polar bien vénère vous manque, que des personnages ambigus et complexes essayant de naviguer dans un monde qui préfère abdiquer pour survivre, alors clairement, L'année du dragon, c'est pour vous.

Pour le plaisir des mirettes, ces 2 plans où White se la joue à la Général Patton faisant son speech pour motiver ses troupes avant de partir en guerre. La coupure intervient lorsque White énonce la dernière règle importante susceptible d'apporter une nouvelle perspective à ce combat.

J'insiste sur perspective. En mouvement, c'est forcément plus évident de voir White marcher face à ce bloc de flics loosers dans l'âme, la tangente apparait plus clairement. C'est l'une des rares fois où l'on voit White tenir cette position de leader face à "son" unité.

La plupart du temps, le perso est quasi-seul (il travaille avec 2 nonnes, et 2 autres flics), et il tient plus le rôle de sous-chef sans cesse réprimander par sa hiérarchie. Le genre de type qui fait face au monde entier. Finalement, une idée bien résumée par sa première apparition à l'écran ;

Un type âgé (les cheveux blancs quoi) de dos marchant dans une rue perpendiculaire à une marche funèbre. Le plan se termine quand il tourne à gauche alors que les panneaux de circulation indiquent clairement un "NO LEFT TURN". Seul contre tous.

Dans la même scène, il faut noter une petite différence qui établit très clairement le rapport de force existant entre autorités et population locale dans Chinatown.

Les parrains et la corruption paradent tranquillement en pleine rue, à peine perturber par les médias, pendant que des flics en pleine urgence doit se faufiler au milieu de la foule, sur le trottoir. Ah, et si vous avez remarqué le visage de la journaliste sur la 2nde capture, rassurez-vous, Cimino est généreux, vous en verrez bien plus (vive les plans gratos sur la nana à poil).

Pour revenir sur le perso de White, il y cette autre scène de dialogue bien sympa;

Donc, on retrouve l'idée d'un mec seul contre tous (les parrains de la triade). Pendant un petit moment, on se mange ce genre de champs-contre-champs à l'avantage des parrains. Jusqu'à là :

Après avoir dit "je vous emmerde" (en fait, je triche légèrement, juste avant il y a un plan générale opposant les 2 camps, comme pour le speech du général plus haut), le dialogue prend une nouvelle tournure, et la caméra vient enfin se placer dans le camp des parrains. Soudainement, White devient un véritable opposant. Le plus marrant, c'est quand White va de lui-même casser les distances et s'inviter dans leur camp :

La dernière évidence, c'est donc d'aller matter le film. Merci.

mardi 30 mars 2010

Le cinéma des japonais

Que nenni ! N'écoutez pas les 2 fans frustrés du fond du dortoir qui vous assurent que le cinéma japonais en France est mort. Non il continue d'exister avec toujours plus d'évènements (parisiens), et toujours moins d'impact sur une communauté cinéphile apathique dont les dignes représentants se font quotidiennement buzzer le derrière (on m'a fait des propositions indécentes).

C'est donc avec surprise que je suis tombé sur un bilan du ciné jap des années 2000 - 2009 proposé par le webzine ricain faisant référence en la matière. Qui propose en plus des hypothèses sur l'avenir de ce cinéma. J'y reviens. Faut comprendre qu'en France, à part répéter depuis 10 ans que Kitano est un génie et/ou se plaindre, on lit rien d'intéressant sur le sujet.

J'ai plusieurs choses à dire sur ce bilan :
  • Ça parle exclusivement de films alors que le point fort (commercialement, artistiquement) de la dernière décennie, c'est l'animation, les séries tv... Comme quoi, même à l'international, une production audiovisuelle est catégorisée selon des critères (inconnus).
  • Qu'une partie des films sélectionnés n'ont rien à envier à notre production nationale. Il nous manque juste les idoles, l'aspect exotique et le côté tranche de vie super métaphoriquement métaphorique sur l'état d'une société über-néo-capitaliste.
  • Qu'à l'international, des experts travaillant dans ce domaine, il y en a pas des tonnes. Où est la différence entre le copinage et le goût ?
  • Si l'on voit peu de films japonais sur nos écrans, c'est aussi parce qu'il y a beaucoup de merdes, à cause d'un système de production lisse au possible. Il y a juste quelques indépendants qui parviennent à s'en extraire. Ces derniers ont une tendance à produire du film de festival pour gaijin kawaiisés, rien à voir avec les indépendants des 70s ou 80s qui compensaient le manque de thunes par la rage et des idées de fou (Sogo Ishii s'il vous plaît).
  • Forcément, ignorer le monde de l'animation c'est passer à côté de mecs qui font "avancer" le média. Par opposition au cinéma qui adapte des mangas sans réfléchir, pour un résultat tout plat (et c'est là que tu prends conscience de l'intérêt d'un Miike). Dernier souvenir en date, 20th Century Boys, une grosse purge avec zéro idée sur 6h de film (y avait matière vu la source). Dans un autre genre, c'est bien les films tranches de vie mais si c'est pour nous raconter ça avec le dynamisme d'un escargot, non merci (Strawberry Shortcakes, punaize).
Pendant ce temps-là, les festivals sont fiers d'acclamer toujours les mêmes auteurs. Allez, peut-être que dans 10 années, on aura dépasser les débats nunuches sur les catégorisations..

dimanche 28 mars 2010

On a retué Bruce Lee

Apparemment l'émission "Le Jeu de la mort" avait suscité pas mal de réactions, l'idée du show était de "mesurer le pouvoir de la télévision", montrer que c'est une autorité légitime auprès des gens. Mais le plus choquant, c'est comment l'émission échoue à mettre en perspective ses propres mécanismes. C'est ce qu'on appelle un hors-sujet ?

Le mot important dans "experience de Milgram", c'est experience. C'est-à-dire qu'il s'agit de faire croire à un homme quelque chose pour mesurer ensuite sa réaction. Il pense entendre un homme pleurer alors qu'en réalité, c'est juste un enregistrement. C'est une manipulation quoi.

Et l'émission est tellement obsedée par mettre en évidence une évidence, qu'elle n'interroge pas son propre procédé de manipulation. Par lequel elle nous fait croire à une fausse situation. Les véritables sujets de l'émission, ce n'est pas des candidats, des "questionneurs", c'est nous, le public.

De la même manière qu'on prépare soigneusement les "candidats", on nous prépare aussi à l'histoire qu'on va nous raconter; Je reviens sur quelques points;
  • L'ouverture (bouh)

En fond sonore, vous aurez peut-être reconnu l'intro d'Orange Mécanique de Stanley Kubrick. Film choc connu pour interroger la main-mise de la Société sur l'individu. Clin d'oeil, grotesque ou pas, l'émission est placée dans la continuité de l'oeuvre du Parrain Kubrick. Au passage, cette musique est surtout et aussi La Marche funèbre pour la Reine Marie composée par Henry Purcell :



Rien de mieux qu'une musique pareille accompagnée par des images à peine lisibles et quelques cris pour renforcer le côté choc, glauque de l'histoire à venir. Déjà, on peut se demander si on va voir un programme censé nous interroger & nous transmettre des réflexions, ou juste une autre émission choquante.
  • Je fais ce que je veux, avec les images d'archives
En moins de 2 minutes, l'émission est déjà condamnée à devoir prouver son "propos choc". On enchaîne des extraits d'émissions tous présentés comme des preuves de plus au "pouvoir de la télévision". Alors voilà qu'on nous rajoute Derren Brown, ce fou qui joue à la roulette russe en direct live.

Le problème c'est que Brown n'est pas qu'un "animateur vedette" d'une chaîne de TV anglaise, c'est surtout un manipulateur/illusionniste qui démontre avec facilité comment duper l'esprit humain. En clair, il fait tout ce que n'a jamais fait cette émission. Qui préfère omettre des détails importants pour conforter son propos. Parce que soudainement, Brown, c'est plus un blaireau de France télévisions en quête de choc. Sans contexte, l'émission est plus folle ?

(les anglophones, voyez comment l'acteur Simon Pegg se fait piéger)
  • Salut, lui c'est Tintin, moi c'est Milou.
Histoire d'apporter une légitimité à l'émission, on nous présente des scientifiques censés étudier le résultat de cette expérience. Alors pour ça, c'est très simple, on prend des quinquagénaire avec des tronches de nerds et, hop magie, c'est des scientifiques. On montre aussi quelques extraits montés de façon archaïques où on les voit papoter, réfléchir, dire des trucs qu'on comprend pas... Mais c'est suffisant pour donner l'impression qu'ils savent de quoi ils parlent, qu'ils sont impliqués, c'est pas des tapettes, c'est du sérieux tout ça.

Sauf que moi derrière mon écran, et mon héritage audiovisuel, je sais qu'un acteur peut aussi bien devenir Spiderman que Hulk, ou encore un Avatar. Parce que je suis crédule. Alors comment savoir que nos scientifiques sont bien des scientifiques ? L'émission se pose pas la question, c'est admis comme un fait, c'est tout. Bah non.
  • 100 % des gagnants ont jouer, c'est ouf !
C'est répété plusieurs fois, "80% des candidats" obeissent jusqu'au bout. La conclusion ira même jusqu'à nous souler de chiffres, toujours plus de chiffres, mais aucune perspective là-dedans. Façon slogan publicitaire détournant les yeux de l'essentiel.

La soumission à une autorité a déjà été prouvé il y a 50 ans, l'experience prennait d'ailleurs soin d'encadrer le sujet : le cadre scientifique, les blouses blanches... Ici, c'est moins l'évidence qui importe que le parallèle avec le média TV et ses particularités. Parce qu'avant d'être une expérience, l'émission est une histoire qu'on raconte aux téléspectateurs (comme on l'a vu, l'introduction avec sa musique et son ton grave nous manipule-prépare à la suite).

Le véritable sujet n'est donc pas sur le plateau, il est derrière sa TV. Comment des professionnels en quête permanente d'audience ont pu ignorer ça ?

EPIC FAIL. CQFD.

La frustration de l'otaku

Suite à ce post, un lecteur m'a recommandé de tâter des séries animées produites par le Studio Shaft, comme Bakemonogatari ou Natsu no Arashi (je m'excuse pour cette pointe d'élitisme culturel, il n'y a pas de titres français, mais ne remerciez pas d'éviter l'écriture japonaise).

Si le point de départ de ces 2 séries est intéressant, c'est plutôt du côté du développement (ou non-dev) qu'il faut se pencher....

De quoi ça parle ? Bakemonogatari, c'est un lycéen qui par l'intermédiaire d'une sorte d'exorciste vient au secours de jeunes filles. Natsu no Arashi, c'est un collégien qui voyage dans le temps grâce à une lycéenne-fantôme morte dans les bombardements ricains de 1945.

Le lecteur averti aurait bien évidemment trouvé le point commun, des garçons traînant avec de belles créatures adolescentes. Et c'est exactement sur ce point précis que les séries se développent, laissant de côté une éventuelle histoire, le concept d'origine permettant surtout de poser les bases à toutes ces relations fantasmées.

Y un côté fan service où l'on donne exactement à l'audience ce qu'elle veut. Mais, je soupçonne ces séries de jouer de ce fan service avec ironie, s'amuser de la frustration des otakus et de leurs fantasmes.

Par ex, Bakemonogatari est composé à 95% de lycéennes, le perso principal est tellement occupé à vouloir aider les autres qu'il ne se rend pas compte qu'il attire seulement des nanas, qui sont à toutes à ses pieds. Sans oublier les moqueries internes sur les codes du genre, les perso ayant conscience d'être des 'clichés' - (les réflexions sur les tsundere). Puis pour info, la série débute avec une lycéenne qui tombe littéralement du ciel pour atterrir entre les bras du jeune chevalier (cf image au dessus)...

Après ces considérations d'occidental blasé, je me dois de préciser que derrière ce fan service, les 2 séries brassent énormément d'idées, d'expérimentations :
  • La narration de Bakemonogatari est dense, rythmée par des cartons titres qui s'ajoutent aux nombreux dialogues (ça flirte avec du Debord quoi).
  • Les scènes d'exorcisme font appel aux subtilités de la langue. Les maux sont en rapport direct avec les mots. Autrement dit, le verbe est créateur (à peine étonnant vu l'aspect littéraire de la narration). Juste une série mainstream pour otakus frustrés, normal quoi...
  • Pour exprimer les émotions, la série part dans des délires visuels mélangeant prises de vues réels et dessins bizarres. Bref, c'est varié et ça t'en met plein les mirettes.
  • Du côté de Natsu no Arashi, ça explique les paradoxes des paradoxes temporels à partir d'un lait périmé, d'une cerise ou d'une fraise. Pour de vrai hein.
  • Parce que nos belles lycéennes sont des fantômes (à méditer), elles ont besoin d'une source d'énergie pour continuer à exister. Encore une fois, je suis surpris de voir que ce côté imaginaire/fantaisie (voire plus) apparait aussi simplement dans des séries là où, par chez nous, c'est inexistant (trop ringard ?).
Vous savez quoi faire maintenant (je sais qu'il y a des experts en japon par ici, si vous avez des bons trucs à suggérer faites-le, restez pas planqués derrière votre savoir de singe en rut condenscendant). Merci.
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