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dimanche 4 avril 2010

Les fantomes japonais n'existent pas

Studio Brain's Base retenez bien ce nom. Pas seulement qu'il est parfaitement ignoré par nos amis experts du cinéma Japonais, mais parce qu'il s'impose comme l'une des valeurs sûres de l'animation jap.

Ce nom est plus souvent à Baccano ou Durarara, donc j'en profit pour revenir sur une série moins connue, Natsume Yujincho (adapté d'un manga). Qui démontre encore une fois à quel point les Japonais dealent FACILEMENT avec leur propre tradition. Ici, celle des Yokai, ou des esprits.

L'histoire d'un lycée capable de percevoir les Yokai, qui décide de les aider, ignorant par la même occaz la haine des Yokai envers les humains. Au programme, des belles rencontres, des rites étranges, où l'on pointe la solitude des personnages, humains comme esprits.

Plutôt qu'une énième répétition de la peur de la marginalité dans une société nippone matérialiste, ce qui m'interpelle dans cette série c'est son rapport au monde invisible. Comment les esprits sont traités comme des entités aussi réels que les humains, comment ce monde côtoie le notre dans l'indifférence générale.

Une fois les deux mondes connectés, ce qui nous parait totalement anodin prend une nouvelle dimension. À l'exemple des mots. Le héros se trimballe avec un livre contenant les noms de centaines d'esprits, c'est-à-dire qu'ils sont sous ses ordres. Posséder le nom écrit d'un esprit, c'est lui "voler" sa liberté. Et pour rendre cette liberté, il faut ré-insuffler de la vie à ces lettres mortes. Pas étonnant que le héros souffle sur les lettres donc.

On a beau être dans un anime visant un public adolescent (des persos lycéens) avec une pointe kawaii (le chat), ça décrit des trucs méchamment kabbalistiques comme si de rien n'était. Autrement dit, utiliser la fantaisie, l'imaginaire pour questionner les fondements même de ce que l'on considère "réel" dans la vie : est-ce que notre perception, nos sens, nous permettent de connaître véritablement le monde qui nous entoure.

Mais puisqu'on vous assure que l'avenir du Japon c'est les prods indépendantes questionnant les troubles de la sexualité d'une génération d'après crise économique en quête de sens, filmé caméra à l'épaule de travers avec gimmicks kawaiiens pour occidentaux à moitié pervers (vous imaginez pas le nombre de mecs qui mattent de la grosse merde asiatique à cause d'une actrice super mimi qui fait oublier la détresse sexuelle quotidienne chez ces honorables spectateurs).

Putain Bob, ta gueule

dimanche 28 mars 2010

La frustration de l'otaku

Suite à ce post, un lecteur m'a recommandé de tâter des séries animées produites par le Studio Shaft, comme Bakemonogatari ou Natsu no Arashi (je m'excuse pour cette pointe d'élitisme culturel, il n'y a pas de titres français, mais ne remerciez pas d'éviter l'écriture japonaise).

Si le point de départ de ces 2 séries est intéressant, c'est plutôt du côté du développement (ou non-dev) qu'il faut se pencher....

De quoi ça parle ? Bakemonogatari, c'est un lycéen qui par l'intermédiaire d'une sorte d'exorciste vient au secours de jeunes filles. Natsu no Arashi, c'est un collégien qui voyage dans le temps grâce à une lycéenne-fantôme morte dans les bombardements ricains de 1945.

Le lecteur averti aurait bien évidemment trouvé le point commun, des garçons traînant avec de belles créatures adolescentes. Et c'est exactement sur ce point précis que les séries se développent, laissant de côté une éventuelle histoire, le concept d'origine permettant surtout de poser les bases à toutes ces relations fantasmées.

Y un côté fan service où l'on donne exactement à l'audience ce qu'elle veut. Mais, je soupçonne ces séries de jouer de ce fan service avec ironie, s'amuser de la frustration des otakus et de leurs fantasmes.

Par ex, Bakemonogatari est composé à 95% de lycéennes, le perso principal est tellement occupé à vouloir aider les autres qu'il ne se rend pas compte qu'il attire seulement des nanas, qui sont à toutes à ses pieds. Sans oublier les moqueries internes sur les codes du genre, les perso ayant conscience d'être des 'clichés' - (les réflexions sur les tsundere). Puis pour info, la série débute avec une lycéenne qui tombe littéralement du ciel pour atterrir entre les bras du jeune chevalier (cf image au dessus)...

Après ces considérations d'occidental blasé, je me dois de préciser que derrière ce fan service, les 2 séries brassent énormément d'idées, d'expérimentations :
  • La narration de Bakemonogatari est dense, rythmée par des cartons titres qui s'ajoutent aux nombreux dialogues (ça flirte avec du Debord quoi).
  • Les scènes d'exorcisme font appel aux subtilités de la langue. Les maux sont en rapport direct avec les mots. Autrement dit, le verbe est créateur (à peine étonnant vu l'aspect littéraire de la narration). Juste une série mainstream pour otakus frustrés, normal quoi...
  • Pour exprimer les émotions, la série part dans des délires visuels mélangeant prises de vues réels et dessins bizarres. Bref, c'est varié et ça t'en met plein les mirettes.
  • Du côté de Natsu no Arashi, ça explique les paradoxes des paradoxes temporels à partir d'un lait périmé, d'une cerise ou d'une fraise. Pour de vrai hein.
  • Parce que nos belles lycéennes sont des fantômes (à méditer), elles ont besoin d'une source d'énergie pour continuer à exister. Encore une fois, je suis surpris de voir que ce côté imaginaire/fantaisie (voire plus) apparait aussi simplement dans des séries là où, par chez nous, c'est inexistant (trop ringard ?).
Vous savez quoi faire maintenant (je sais qu'il y a des experts en japon par ici, si vous avez des bons trucs à suggérer faites-le, restez pas planqués derrière votre savoir de singe en rut condenscendant). Merci.
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